La mise en œuvre du système de finances ouvertes en Colombie : transition vers un écosystème de données ouvertes

Par Daniel Peña Valenzuela, associé de Peña Mancero Abogados

Introduction

Le Décret 368 de 2026 a introduit en Colombie le Système Obligatoire de Finances Ouvertes, conçu comme un mécanisme de transformation institutionnelle et technologique du secteur financier. Ce système constitue la première étape vers un modèle plus large d’échange de données, orienté vers l’innovation, la concurrence et l’inclusion financière. Les principaux défis résident dans : (i) la mise en œuvre progressive garantissant l’interopérabilité technique, (ii) la protection du consommateur financier et (iii) la stabilité prudentielle, tout en construisant un écosystème de confiance autour de la donnée en tant que ressource publique.

1. La construction du système de Finances Ouvertes

Le système repose sur un modèle hybride de participation obligatoire et volontaire, accompagné de délais différenciés selon la catégorie de données. La séquence de mise en œuvre prévoit une première phase de six mois pour la définition des normes techniques, suivie d’une période de douze mois pour la mise en place du Répertoire des Participants et des indicateurs de suivi. L’accès effectif à l’information sera exigible douze mois après l’adoption de chaque norme, permettant aux entités de développer des capacités techniques et opérationnelles avant d’assumer les obligations prévues. Le modèle sera obligatoire pour les entités surveillées par la Superintendencia Financiera, qui devront partager l’information sous l’autorisation expresse des clients. Ce schéma repose sur une gouvernance des données fondée sur le consentement éclairé, une infrastructure interopérable soutenue par des interfaces de programmation d’applications et des mécanismes de supervision périodique. La création d’un Répertoire des Participants et d’indicateurs trimestriels de suivi vise à garantir que l’incorporation de nouveaux acteurs se fasse sans redéfinir le système. La mise en œuvre exige également que les entreprises renforcent leur gestion des paiements numériques, dans la mesure où les finances ouvertes représentent l’évolution suivante du secteur. L’inclusion du secteur financier dès la conception du schéma reflète l’intention d’éviter les retards normatifs et d’adapter le système aux particularités de chaque sous‑secteur, par exemple le coopératif ou l’assureur. Dans ce contexte, tout citoyen pourra autoriser en quelques secondes l’utilisation de ses données pour accéder à de meilleurs produits de crédit, d’assurance ou d’investissement, sans démarches physiques ni certificats supplémentaires.

2. Le passage vers les Données Ouvertes

Au‑delà des finances ouvertes, l’objectif final consiste à progresser vers un modèle de Données Ouvertes impliquant des secteurs hétérogènes tels que les télécommunications, la santé, les services publics et les bases fiscales. La coordination entre acteurs dotés de niveaux de numérisation et de cadres de supervision différents constitue l’un des principaux défis réglementaires. La construction de la confiance dans l’échange d’informations devient indispensable, notamment face à l’incorporation progressive de fournisseurs non surveillés tels que les fintech et insurtech, dont la participation doit éviter les arbitrages réglementaires. L’équilibre entre stabilité prudentielle et ouverture concurrentielle requiert une réinterprétation de la régulation comme moteur d’innovation, au‑delà de sa fonction traditionnelle de limitation des risques. Le véritable objectif du système exige la consolidation d’un écosystème de Données Ouvertes intégrant le secteur financier, assurantiel, solidaire et d’autres acteurs. Cet écosystème doit générer une valeur réelle pour les citoyens, en facilitant l’accès à des produits de crédit, d’assurance et d’investissement dans des conditions plus favorables et transparentes. En particulier, il s’agit d’élargir la couverture du crédit, qui demeure faible — entre 35 % et 40 % de la population adulte — ce qui met en évidence la nécessité de renforcer l’inclusion financière dans le pays.

Conclusions

Le Système de Finances Ouvertes représente une étape majeure de la politique publique colombienne, en établissant les bases d’un modèle d’échange d’informations visant à démocratiser l’accès aux services financiers et à promouvoir l’innovation. Sa mise en œuvre progressive et son design technique interopérable constituent des avancées significatives, mais son succès dépendra de la capacité institutionnelle à gérer la transition vers les Données Ouvertes. La construction de la confiance, la coordination intersectorielle et la protection du consommateur sont des conditions nécessaires pour que le système atteigne son objectif d’inclusion et de concurrence. En définitive, le défi n’est pas seulement normatif ou technologique, mais culturel : reconnaître la donnée comme bien public et moteur de développement durable. L’ouverture de l’information doit être comprise comme un instrument de politique publique qui, loin d’être une fin en soi, vise à transformer la relation entre les citoyens et le système financier, en élargissant les opportunités d’accès et en renforçant la transparence dans l’économie numérique.

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